Curiosity

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mercredi 3 mars 2010

Gestion des compétences

Imaginons[1] qu'une grande entreprise propose, afin de réduire sa masse salariale, un plan de départ volontaire à ses salariés : "si toi bien vouloir partir, nous offrir plusieurs mois de salaire à toi". Dans un contexte économique tendu[2], on peut aisément imaginer que les premiers à prendre le risque de poser leur démission seront les plus aptes à retrouver rapidement un poste, donc ceux ayant la valeur ajoutée la plus évidente sur le marché de l'empois (tm).
Que peut-on dès lors penser à la lecture des propos du directeur général de cette entreprise, qui un an après la mise en place de ce plan, affirmerait[3] :

"On a réussi à absorber ce plan sans pertes de compétences non rattrapables."


Ah, certes, je suis chafouin, tout étudiant ayant suivi le module rhétorique 101 objectera qu'à de rarissimes exceptions près, une perte de compétence est toujours rattrapable. Il eût été intéressant que ce cadre dirigeant précisât à quel horizon : combien de temps faut-il pour ramener une équipe à un niveau d'efficacité comparable, après le départ d'un élément ? Trois mois, six mois, un an ? Le même monsieur qui prêche un peu plus loin la course à la compétitivité ("Une usine automobile qui arrête d’améliorer sa productivité ne rattrapera pas son retard") ne trouve-t-il pas ça contradictoire ?

Eh bien non monsieur P., je ne suis pas d'accord : une entreprise qui laisse partir 7000 personnes aussi rapidement, sans pouvoir préparer la relève (puisque, par définition, il faudrait pour cela embaucher des remplaçants), ne rattrapera jamais intégralement les compétences envolées.
Je ne suis d'accord ni pour pousser à ce point cette conception holistique de l'entreprise niant la plus-value apportée par chacun, ni pour en arriver à imaginer qu'elle puisse fonctionner au même niveau de performance, indépendamment du travail, de la vision, et de l'expérience de chacun de ses membres.

Mais bon, comme dirait l'autre : " Mais bon ..."

Notes

[1] C'est évidemment un exercice de pensée, toute ressemblance avec des faits réels ... bla bla bla ...

[2] C'est évidemment un exercice de pensée, toute ressemblance avec les évènements survenus depuis fin 2008 ... bla bla ...

[3] Ces propos sont évidemment imaginaires, toute ressemblance avec une interview publiée dans un grand quotidien français ne serait que pure coïncidence

mercredi 16 septembre 2009

Scie en tau

"Le gouvernement cherche à se sortir du mauvais pas où l'a placé le vote de la loi du 12 mai interdisant de prononcer la dissolution de personnes morales condamnées pour escroquerie. Cette initiative parlementaire entraîne l'impossibilité de dissoudre une secte condamnée pour escroquerie."
(LeMonde.fr, 16/09/09)

Ballot, hein ... ?

Pour quelques dollars infos de plus, lire Eolas, évidemment : "Simplifions le droit : sauvons la scientologie".

"Les parlementaires n’exercent plus aucun contrôle des textes qui passent devant eux et votent à l’aveugle. Il suffit d’une main bien placée pour faire passer des textes opportuns sans que quiconque ne réagisse."



Edit : de la matière sur Rue 89, également.

vendredi 24 juillet 2009

Cécité

Soit une application IAO nommée M., utilisée chez un client R.
Cette application est appelée par le biais d'une interface qui donne l'accès aussi bien à l'exécutable lui-même qu'au guide utilisateur, aux release notes, et permet également d'afficher des messages à destination des utilisateurs.
L'entité que l'on va appeler "support IAO" vient de diligenter une enquête pour connaitre la fréquence et la pénibilité des dysfonctionnements engendrés par l'application M. sur certains postes. Initiative tout à fait louable en soi, mais qui permet d'affirmer sans passer pour un mythomane que le sus-nommé support IAO était déjà au courant depuis plusieurs semaines de ces dysfonctionnements, et du lien avec l'application. Croyez-vous que le support IAO utilisât l'interface de lancement de l'appli pour émettre un message sur le sujet, ou envoyât un mail à tous les utilisateurs enregistrés ? NENNI !

Les couillons dans mon genre qui, utilisant régulièrement plusieurs applis en même temps, ont autre chose à foutre qu'à faire de la détection de pannes par élimination, d'autant plus qu'ils se retrouvent confrontés à des problèmes n'ayant en apparence aucun rapport avec la choucroute (comment deviner qu'un problème d'accès réseau peut venir d'un logiciel de post-traitement de calcul éléments finis ?), ont ainsi passé plusieurs heures, étalées sur plusieurs semaines, à pester contre le Murphy de l'informatique, le grand Satan, et Sebastien Bourdais réunis, à se débattre avec leur $&@ de poste, à fermer leur session, à redémarrer, à maugréer, à menacer de balancer le moniteur par la fenêtre, alors qu'il eut été si simple d'envoyer un petit mail disant : "chers utilisateurs, il se peut que M. provoque des dysfonctionnements, ne cherchez pas la cause ailleurs, nous faisons tout notre possible pour soulager votre peine". Même si c'est pas vrai, au moins t'es au courant et tu t'énerves pas dans le vide.

Etre utilisateur d'applications logicielles dans une grande entreprise, c'est un peu comme être installé les yeux bandés dans un gigantesque ascenseur. Tant que t'es pas arrivé, tu sais pas vraiment si t'as démarré ...

mardi 5 mai 2009

Grouik (suite)

Nombre de morts officiellement attribués à ce jour à l'épidémie de grippe dite porcine, en approximativement deux mois : 27 (source)
Nombre moyen de morts attribués annuellement à la grippe sur le seul territoire des Etats-Unis : 36000 (source)

Inutile de s'énerver, il suffit de lire h16 :

Mieux que ça, la Fraônce montre le chemin ! Elle éclaire le monde, Ze Ouorld, de la flamboyance de son Système De Santé Que Tous Nous Envient, avec son infrastructure sexy et ses stocks aux courbes affriolantes. C'est pas moi qui le dit, c'est le ministre :

« La France est sans doute l'un des pays les mieux armés au monde parce que nous avons préparé avec beaucoup de sérieux les risques de grippe aviaire et que nous avons donc à la fois des infrastructures et des stocks de matériel qui nous permettent de faire face à une éventuelle épidémie », a expliqué hier le Premier ministre, réaffirmant qu'il n'y avait pas de « cas avérés » dans le pays.

Eh oui : comme d'hab, on est (sans doute) Les Meilleurs. Nous voilà entièrement rassurés.

D'ailleurs, avec notre infrastructure si bien armée, on se demande encore comment autant de gens peuvent chopper la légionellose dans le pays. Ou la grippe (la standard, collection automne-hiver).

mercredi 8 avril 2009

Now, you boys put those guns down

Un jour, peut-être, je comprendrai. Ou bien je finirai aussi con qu'un Walt Kowalski ... Ou pas.

Su Qingcai, a tea farmer from the mountainous coast of Fujian Province, explained why he spent $3,500 last year on a 5-year-old boy. “A girl is just not as good as a son,” said Mr. Su, 38, who has a 14-year-old daughter but whose biological son died at 3 months. “It doesn’t matter how much money you have. If you don’t have a son, you are not as good as other people who have one.”

(New York Times, 05/04/2009)


Je n'ai jamais rien lu de Nothomb. Jusqu'à tomber sur cet édito, toujours dans le NYT, où lui prend l'envie de se faire le porte-parole des européens. Mais elle vise assez juste :

"Our presidents and leaders (...) all seem to be wondering why they are not loved as well as Barack Obama is loved. Some of them are trying to play up their resemblance to Mr. Obama; others are suggesting that he is overrated.
(...)
Mr. Obama’s anger is portrayed here as something holy. And when he laughs, we laugh. When our president, Nicolas Sarkozy, gets angry, on the other hand, we laugh. When he laughs, we wonder why."

dimanche 15 mars 2009

Désinformation, ou simple inattention ?

Le Monde, comme le font mensuellement tous les sites d'information depuis l'automne dernier, titre "Les ventes de voitures continuent à chuter en Europe" à propos des ventes de février 2009.
En agissant de la sorte, le journaliste n'a aucune difficulté à convaincre le lecteur que le secteur automobile s'enfonce chaque mois davantage dans une panade profonde. "Mon Dieu, en janvier cela baissait de 27%, et en février on se reprend encore -18% !!!".
Ce journaliste omet-il à dessein de préciser (seul le commentaire accompagnant l'illustration de l'article s'en charge) qu'une telle évolution ne représente que la variation d'une année sur l'autre ? Et que par conséquent, la performance du mois de février est "moins pire" que celle de janvier ? Puisque l'on est "en crise" (malgré une semaine de vacances je n'ai pas réussi à complètement l'oublier), et que les ventes avaient commencé à fléchir seulement au cours du deuxième semestre 2008, on peut encore s'attendre à plusieurs mois d'annonces de ce type. Je n'en vois pas bien l'intérêt, surtout présentées de la sorte.

jeudi 18 décembre 2008

Compliance

Photographie instantanée d'une pratique en cours dans un grand groupe industriel français (le lecteur fidèle saura deviner duquel il s'agit) :



Ce formulaire fait partie d'un "code de déontologie" qui vient d'être promulgué. Certes, le procédé est limité aux seules malversations financières (au sens large). Mais oser associer délation et déontologie me laisse rêveur, et officialiser de la sorte une telle pratique, par un formulaire accessible à tous sur l'intranet, me semble largement dépasser les bornes de l'acceptable ...

lundi 27 octobre 2008

Black ice

Sécurité routière : pas de double amende en l'absence de gilet et de triangle. Scandaleux ! Mais que ne punit-on point ces inconscients en les condamnant aux galères !
Sans transition, pourquoi AC/DC a sorti son album au bon moment :

"Tout d'abord, Gordon Brown et Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, ont reconnu que la Grande-Bretagne se trouvait au bord de la récession. Puis les ventes de produits alimentaires auraient connu leur chute la plus vertigineuse en vingt ans. Enfin, hier soir, nous avons eu la preuve ultime, irrévocable, que le pays allait connaître des temps de troubles économiques comme on n'en avait plus vu depuis les années 1980 : AC/DC est de retour au sommet du Top Albums pour la première fois en vingt-huit ans. "
(...)
"L'attrait qu'exerce AC/DC en des temps difficiles est aisément compréhensible. Les gens recherchent la simplicité, des choses sur lesquelles ils peuvent compter quand règne l'incertitude, et jamais le rock n'a accouché d'un groupe moins compliqué et plus fiable qu'eux. Depuis trente-cinq ans, ils font exactement la même chose."
(via Courrier International)

Pour la peine ... :

lundi 13 octobre 2008

Gilet laid

Difficile de dire à quel point l'obligation de disposer d'un gilet réflechissant dans son véhicule, et surtout la sanctionnabilité de son absence, peut m'insupporter, en ce qu'elle illustre à merveille comment est considéré l'automobiliste moyen, et plus généralement le citoyen, par notre mère patrie. Infantilisation, déresponsabilisation, surassistanat de l'individu, et vachàlaitisation du contribuable qui se cache sous la même casquette, semblent être les mamelles de la gestion des ressources humaines à l'échelle d'un état, que d'aucuns prétendent pourtant relativement libéral.
Oh, la mécanique est déjà en mouvement depuis longtemps, par exemple depuis que le non-port de la ceinture peut être sanctionné d'une perte de points. On remarquera en effet que parmi toutes les infractions sanctionnées (de un à quatre points, la catégorie "6 points" étant un peu à part), la seule infraction n'ayant aucun rapport avec la mise en danger potentielle d'un tiers concerne ... la ceinture de sécurité. Il est parfaitement possible d'être un conducteur extrêmement prudent, respectueux des autres et irréprochable sur la route ET de perdre son permis, grâce à l'inventivité du législateur.
On me rétorquera, évidemment, que le non-port de la ceinture est un facteur évident d'aggravation des blessures en cas d'accident, et que la communauté ne doit pas assumer les conséquences de l'"irresponsabilité" de certains. Bien. Ceci dit, on n'enlève pas de points, à ma connaissance, aux pratiquants de basejump, même (surtout) équipés de wingsuits. Et je m'en félicite d'ailleurs.

Revenons à notre gilet. La perte de points n'est heureusement pas (encore) envisagée comme élément de sanction. Mais on peut se demander si, en lieu et place d'un nouveau renforcement de l'arsenal répressif par le biais de l'amende prévue (il s'agit quand même de 135 euros, hmm, pas d'un simple PV de stationnement), une simple campagne de prévention concernant l'utilité du port d'un gilet réflechissant, accompagnée, soyons fous, d'une opération "un gilet pour un euro" distribué par exemple dans toutes les stations-service, n'aurait pas été suffisante pour prévenir les quelques victimes annuelles de suraccidents. Car dans une réflexion où la simple considération idéologique n'est pas suffisante, c'est bien à un cynique bilan comptable qu'il faut s'atteler. Parmi les 560 piétons tués en 2007, combien étaient des automobilistes en panne, contraints de sortir de leur véhicule sans pouvoir se mettre à l'abri ? En l'absence de chiffres il faudra s'en remettre au bon sens, et je ne crois pas être de mauvaise foi en affirmant qu'il s'agit d'une toute petite minorité. A fortiori si j'insiste sur le fait que ce gilet jaune (ou pas) aurait dû, pour remplir son office, éviter à son porteur l'accident que son absence aurait donc pour ainsi dire "provoquée" ?
Allez, soyons bons joueurs, et osons un chiffre généreusement surévalué : dix, peut-être vingt vies épargnées grâce au gilet ? Cela justifie-t-il l'obligation qui est désormais faite à tout automobiliste d'en disposer ? Pour la modique facture, à l'échelle hexagonale, de plusieurs centaines de millions d'euros (à raison d'un parc de 35 millions de véhicules - VP+VU -, et compte tenu du prix auquel cette plaisanterie est vendue) ?

Poussons un peu plus loin la farce : pourquoi les pouvoirs publics considèrent-ils qu'un seul gilet est obligatoire à bord du véhicule ? Les plaisanciers ne sont-ils pas tenus, eux, d'avoir à bord autant de gilets de sauvetage que d'occupants embarqués ?
L'efficacité du dispositif ne serait-elle pas décuplée si l'on imposait à TOUS les piétons s'approchant à moins de vingt mètres d'une voie carrossable de porter un gilet certifié ? Ah, oui, j'oubliais. Evidemment le réflechissant pardessus doit être aux normes européennes, hein. Sinon, hop, au gnouf !

mardi 27 mai 2008

Le bonheur du Terroir

Le terroir, pour un oenophile, c'est à la base quelque chose qui est connoté positivement. Hélas, le cabinet Le Terroir, c'est aussi le nom du syndic de l'immeuble. Lequel, après avoir déjà fait preuve d'une maitrise extraordinaire dans la gestion de nos problèmes d'ascenseur (six mois d'indisponibilité pour l'une des deux cabines[1]), après nous avoir très mal expliqué[2] pourquoi nous devrions payer la location (ça fait plus d'un an que ça dure) des échafaudages entourant l'immeuble pour protéger les piétons des dangers liés aux éventuelles chutes de morceaux de façade (oui, certaines entreprises spécialisées en rénovation sont assez maladroites), le cabinet Le Terroir, donc, géré par Dominique Vernon, va à mon avis devoir commencer à numéroter ses abattis, parce que la colère sourd chez les copropriétaires : pas d'eau depuis 24h. La coupure était prévue pour ne durer que jusqu'à 16h hier, mais on a passé la soirée et ce matin avec une bouteille d'eau minérale.
Ne pas prendre de douche le matin me met d'assez mauvaise humeur (surtout quand je m'en suis prise une la veille en rentrant en moto, le monde est quand même mal fait) : je pense que je vais faire suivre au conseil syndical les résultats de cette requête faite sur le site de l'Unarc. On dirait que notre cher cabinet n'est pas un inconnu chez eux ...

Notes

[1] et un ascenseur pour dix-sept étages, ça fait vraiment perdre du temps

[2] au point que je n'ai toujours pas compris, mais j'y mets sûrement de la mauvaise volonté